dimanche 19 septembre 2010

Les Runaways


Dans les années 70, l'ascension et la chute de l'éphémère groupe de rock féminin The Runaways, et les destins croisés de deux de leurs membres, Joan Jett et Cherrie Currie.

D'un film retraçant la trajectoire fulgurante des Runaways, on pouvait craindre un biopic musical en pilotage automatique, option "rise and fall". Si le film de Floria Sigismondi ne s'écarte jamais d'une certaine linéarité, il a toutefois bien d'autres cordes à son arc - pardon - à sa guitare.

Car les Runaways tracent leur voie avec une détermination folle et une énergie communicative, remettant leurs vies entre les mains des dieux sexe, drogue, alcool et rock'n'roll. Une course effrénée vers la gloire et la libération qui sent bon la sueur, la pisse et la bière, le tout sur fond de riffs imparables et d'hymnes rageurs. Hello daddy, hello mom, I'm your ch-ch-ch-ch-ch cherry bomb !

Entre une cuite et un concert, Sigismondi a aussi la bonne idée de s'attarder sur les portraits de Joan Jett et Cherrie Currie. L'occasion d'admirer les prestations incandescentes et révoltées de Kristen Stewart et Dakota Fanning, qui donnent à leur personnage une réelle dimension dramatique. Et de nous rappeler que derrière les stars du rock se trouvaient aussi des ados qui n'avaient pas tout à fait fini de grandir, et se trouvaient un peu désemparées face à ce succès aussi soudain qu'inattendu.

Le film a bien d'autres qualités : on citera pêle-mêle un humour bienvenu, une reconstitution parfaite des 70's, une réalisation et une photographie franchement classes, une composition mémorable de Michael Shannon en producteur déjanté et, évidemment, une BO démentielle. En deux mots : allez-y !

Verdict :

dimanche 12 septembre 2010

Des Hommes et des Dieux


Au Maghreb, une communauté de moines vit en harmonie avec la population musulmane. Jusqu'à ce qu'une menace terroriste pose la question d'un possible départ...

S'il est inspiré du tragique destin des moines de Tibhirine, massacrés en 1996, Des Hommes et des Dieux n'est pas tant une reconstitution factuelle qu'une fable passionnante sur le thème d'un choix difficile. Partir, c'est abandonner la mission pour laquelle on s'est engagé et tourner le dos à la foi. Rester, c'est risquer sa vie.

Pour illustrer son propos, tout le film repose sur un jeu de contrastes et de nuances. Contraste saisissant entre l'atmosphère paisible de cette vie faite de rituels et ce déchaînement de violence qui s'empare de l'Algérie. La force tranquille de frère Luc (extraordinaire Michael Lonsdale) et le doute de frère Christophe, dont la foi vacille face au danger. L'austérité grisâtre du monastère et la luminosité d'extérieurs gorgés de soleil.

Xavier Beauvois a donc soigné l'aspect formel de son œuvre et l'on sent derrière chaque plan un immense effort de composition. Des Hommes et des Dieux est un film incroyablement beau et pourtant, il en émane une véritable humilité. D'abord parce que sa mise en scène ne s'encombre jamais d'effets inutiles, pour ne donner que plus de sens à l'emphase (quelle émotion lors de l'ultime repas !). Mais aussi parce qu'il porte la simplicité d'un message pacifiste et nous renvoie à cette question universelle du sens de nos existences.

Des Hommes et des Dieux, film religieux ? Non. Mais un film mystique, merveilleusement profond et spirituel.

Verdict :

mercredi 25 août 2010

Carlos


Dans la série "les films que je vais voir bien après leur sortie"...

Très remarqué à Cannes, ce projet retraçant la vie du terroriste Carlos est à l'origine une mini-série de 5h30 destinée au petit écran. Ce film en est une version light, avec ce que cela comporte d'ellipses et de raccourcis. Des coupes claires qui se font notamment sentir dans l'exposition des enjeux géopolitiques, que l'on imagine plus développés dans la série.

Carlos n'en reste pas moins un film palpitant, d'une impressionnante densité. Ni complaisant, ni inquisiteur, Olivier Assayas a su retracer le destin du terroriste avec une rigueur quasi-documentaire, tout en pointant ses contradictions. Edgar Ramirez, animal et charismatique, nous offre quant à lui une interprétation magistrale.

On sort donc de la séance pleinement satisfait... et surtout avec l'envie de découvrir la version longue.

Verdict :

dimanche 15 août 2010

L'Arbre


Peter, Dawn et leurs quatre enfants vivent heureux en Australie. Mais le décès brutal de Peter va faire peser un lourd deuil sur la famille. Parmi les enfants, Simone, 8 ans, imagine que son père s'est réincarné dans l'immense arbre qui borde la maison familiale.


Rythme lent, photographie somptueuse et innombrables plans de la nature australienne... L'Arbre est un film contemplatif, dont la grande qualité est de laisser le temps au spectateur de s'imprégner de son ambiance et de son esthétisme. On peut se contenter de profiter des très jolis plans qui émaillent cette histoire de deuil familial.

On peut aussi se demander s'il ne s'agit pas d'un artifice servant à combler d'évidentes faiblesses scénaristiques. Difficile, en effet, de se passionner pour ces personnages inconsistants, ces enjeux faibles et mal définis. Avec ses incursions à la limite du fantastique, L'Arbre voudrait être une fable ; il n'en a ni la portée, ni la profondeur.

Surtout, la moralité qu'il tente de nous asséner est plus que discutable. Dans le deuil, l'autre n'est que danger, et le salut se trouve dans le seul repli à l'intérieur de la cellule familiale. Pour un film qui passe son temps à nous montrer la splendeur des grands espaces australiens, on pouvait attendre quelque chose d'un peu plus libre et lumineux que cette conclusion terriblement conservatrice.

Verdict :

dimanche 25 juillet 2010

Inception


Dom Cobb est capable de s'introduire les rêves pour y dénicher les secrets les plus enfouis. Très impliqué dans le milieu de l'espionnage industriel, il est aussi un fugitif traqué dans le monde entier. Une mission périlleuse lui permettrait de retrouver une vie normale : il s'agit d'implanter une idée dans le cerveau de l'héritier d'une multinationale de l'énergie.

Cette nouvelle réalisation de Christopher Nolan repose sur un postulat aussi original qu'excitant : il est possible de s'introduire dans les rêves pour découvrir les pensées secrètes de chaque individu... ou y implanter une idée. Si Inception emprunte à un certain Matrix sa manière de superposer à la réalité des univers parallèles, sa mécanique est bien plus complexe et implacable. Il serait donc vain - et à vrai dire un peu dommage - d'essayer d'expliquer plus en détail sa trame scénaristique : Inception est de ces films-expériences qui se vivent plus qu'ils ne se racontent.

Le talent de Christopher Nolan y trouve matière à s'exprimer pleinement. Dans son ambition visuelle tout d'abord, le film étant ponctué de séquences incroyablement spectaculaires et jamais vues auparavant. Mais aussi dans la maîtrise de la narration : si le scénario joue de la mise en abîmes, si ses ramifications s'enchevêtrent, la complexité n'est ici jamais synonyme de confusion ; elle est au contraire le vecteur d'une profondeur vertigineuse. Captivant, rythmé et haletant, Inception est un film d'une totale virtuosité, une œuvre brillante qui porte la signature d'un réalisateur surdoué.

Nous terminerons en soulignant la prestation de Leonardo Di Caprio, dont le rôle résonne comme un amusant écho à celui qu'il tenait dans Shutter Island. Dans ce registre de personnage trouble et torturé, sa composition crève une fois de plus l'écran. Décidément, la carrière de Leo relève plus que jamais du sans-faute...

Verdict :

mercredi 21 juillet 2010

Fatal


Dans la série "les films que je vais voir bien après leur sortie"...

Ce soir, j'étais un peu dans l'obligation d'aller au cinéma. Il me restait, en effet, une place sur ma carte d'abonnement qui menaçait d'expirer dans quelques jours. C'est ainsi que je me suis retrouvé à donner sa chance à un film sur lequel j'avais pourtant de bonnes raisons d'être sceptique (je garde un souvenir douloureux de La Beuze) : Fatal.

Sans surprise, le scénario ne brille par sa consistance, et la morale un peu niaise qui s'en dégage n'arrange pas sa crédibilité. Ça part un peu dans tous les sens, sans pour autant s'écarter d'un schéma "déchéance et come back" convenu.

Il n'en reste pas moins que Fatal a cette grande qualité de distribuer les vannes sans compter. On sent que Youn a pris les commandes du projet et l'on retrouve parfois un peu de la folie des grandes heures du Morning Live. Si l'ensemble est extrêmement inégal, le film nous offre donc - surtout dans sa première partie - quelques moments de fulgurance comique qui valent le détour. La séquence d'introduction est, à ce niveau-là, des plus réussies.

Verdict :

mercredi 14 juillet 2010

Toy Story 3


Les années ont passé depuis les premières aventures de Woody et ses amis. Andy part pour l'université, et l'avenir de nos jouets est bien incertain...

En 1995, les studios Pixar marquaient l'histoire du cinéma en sortant Toy Story, premier long métrage entièrement réalisé en images de synthèse. Mais plus encore que par ses prouesses techniques, Toy Story a révolutionné le cinéma d'animation par sa modernité, son inventivité et son humour détonant. Quinze ans plus tard, le jeune public qui a été bercé par les aventures de Woody et Buzz l'Eclair a grandi. Mais les studios Pixar n'ont rien perdu de leur talent.

Toy Story 3 clôt en effet la saga avec cette incroyable générosité qui caractérise chacune des sorties du studio californien. Dès la séquence d'ouverture, on assiste à une véritable démonstration de mise en scène, sur un rythme ébouriffant. La barre est placée très haute, mais la suite est loin de décevoir : c'est un enchaînement irréprochable d'instants de bravoure et de vannes bien placées, témoins d'une créativité inépuisable et terriblement excitante.

Mais Toy Story 3 nous réserve aussi quelques instants d'émotions. Avec le départ d'Andy, les thèmes du temps qui passe et de l'abandon ressurgissent inévitablement. Bien qu'un peu mis entre parenthèses dans la partie centrale du film, la justesse de leurs traitements donne lieu à quelques moments de pure grâce. Toy Story 3 est ainsi traversé par un doux parfum de nostalgie qui en fait peut-être l'épisode le plus mémorable de la trilogie.

La seule réserve concerne la 3D, qui sert surtout à ternir les couleurs du film au bénéfice d'un effet de relief très, très moyen. Le succès d'Avatar va-t-il condamner le grand public à payer au prix fort des projections en 3D dont l'intérêt est plus que douteux ? Il semblerait que la machine soit en marche... Allez, oubliez ce coup de gueule et courez voir Toy Story 3 (en 2D si vous le pouvez) : de tels bonheurs cinématographiques sont trop rares pour s'en priver.

Verdict :