dimanche 12 juin 2011

X-Men : le Commencement


Dans les années 60, les mutants sont réunis autour d'événements majeurs de la Guerre Froide. Ou comment prend naissance la saga X-Men.

Le cahier des charges de ce prequel (comme son nom l'indique !) avait de quoi intimider. En plus de constituer une introduction cohérente à une franchise qui semble maintenant bien établie, il fallait bien évidemment respecter le quota minimum de scènes d'action pyrotechniques tout en se parant au fond d'un questionnement sur la difficulté d'être mutant.

Matthew Vaughn, auteur du formidable Kick-Ass, se sort plutôt bien de ce programme de figures imposés. Bien loin de se contenter d'une mise en images paresseuse, le réalisateur parvient à insuffler du souffle à ce premier blockbuster estival. La très bonne idée du film est d'exploiter le background 60's d'un scénario qui n'hésite pas à lier le destin des mutants à la crise des missiles de Cuba. Il y a dans ce X-Men un parfum de guerre froide qui lui donne un sympathique côté James Bond. Jusque dans le générique final, la mise en scène s'épanouit avec beaucoup de style sur cette toile de fond vintage, distribuant son lot de split-screens et de scènes d'action hautement improbables.

Le résultat est d'autant plus plaisant que le film n'est en rien dévoré par ses effets spéciaux, prenant le temps d'esquisser la psychologie et les motivations profondes de chaque personnage. Et si les variations autour du thème "être mutant, c'est pas tous les jours facile" sont plutôt attendues, il n'en reste pas moins qu'elles sont plutôt bien amenées et jamais simplificatrices. L'air de rien, X-Men : Le Commencement véhicule un certain nombre de réflexions pas inintéressantes sur les clivages que peuvent engendrer les différences.

Verdict :

mercredi 8 juin 2011

La Conquête


Dans la série "les films que je vais voir bien après leur sortie"...

On n'a pas vraiment l'habitude de voir nos réalisateurs s'attaquer à l'Histoire récente de la France. Un film sur l'ascension vers le pouvoir de Nicolas Sarkozy, cela a donc, indéniablement, quelque chose d'assez excitant. Lancé dans le grand bain lors du festival de Cannes, ce très attendu long-métrage a toutefois reçu un accueil plutôt mitigé de la part de la critique.

C'est vrai, on peut reprocher à la Conquête son caractère trop illustratif, sa réalisation faiblarde et son manque d'imagination dans la mise en scène de la rupture du couple présidentiel. En s'attachant à reconstituer les épisodes connus de la campagne de 2007, le film en oublie d'avoir une ambition autre que purement factuelle. Pas très convaincante dans ce registre de film "sérieux", cette tentative l'est beaucoup plus quand elle s'embarque vers celui de la comédie.

Car La Conquête est avant tout une grande farce dans le petit théâtre de la politique. En enchaînant coups bas, petites phrases assassines et machinations de couloir, les différents protagonistes apparaissent bien plus préoccupés par la mise à mort politique de leurs rivaux que par le destin de la France. Autant prendre le parti d'en rire et de ce point de vue, les relations du trio Sarkozy-Chirac-Villepin ne manquent vraiment pas de saveur, bien servis en cela par les dialogues acérés et fielleux à souhait de Patrick Rotman.

On ne peut enfin décemment pas écrire sur ce film sans évoquer l'incroyable prestation de Denis Podalydès, qui campe un Nicolas Sarkozy plus vrai que nature. De manière plus générale, l'ensemble des acteurs semble s'être beaucoup amusé. Un entrain globalement communicatif : si nous ne tenons pas encore un grand film sur la politique, la Conquête parvient largement à distraire par ses vertus satiriques.

Verdict :

dimanche 5 juin 2011

La Défense Lincoln


Avocat à Los Angeles, Michael Haller n'hésite jamais à jouer de la ruse pour parvenir à ses fins. Travaillant ses dossiers à l'arrière d'une Lincoln Continental, il vit essentiellement de la défense de petits délinquants. Jusqu'au jour où il se voit confier la défense d'un riche playboy de Beverly Hills accusé d'agression sexuelle...

On a beau en connaître parfaitement les mécanismes, le thriller judiciaire est un genre que l'on retrouve toujours avec plaisir. Voir des personnages se battre à coup d'obscurs articles de loi et d'"Objection, Votre Honneur !", cela a tout de même quelque chose d'assez jubilatoire.

Issu d'une adaptation d'un roman de Michael Connelly, la Défense Lincoln ne décevra pas les amateurs. S'il ne renouvelle pas le genre en profondeur, le scénario s'avère rythmé et bien construit. L'intrigue est largement pimentée par les nombreuses magouille de prétoire dont elle est parsemée : la manipulation est ici une arme de premier choix que les différents protagonistes, de l'accusé au procureur, utilisent abondamment pour parvenir à leurs fins.

Mais les qualités de cette Défense Lincoln ne s'arrêtent pas à sa trame narrative. De sa photo soignée au groove imparable de sa bande-son, ce film fait preuve d'un souci du détail qui lui donne un charme irrésistible. Et puis il y a ce héros, charismatique car roublard et plein d'ambiguïté : s'il est rongé par l'idée de ne pas avoir réussi à reconnaître un client innocent, sa pratique quotidienne du métier ne témoigne pas toujours d'une moralité aussi intransigeante. Mathew Mc Conaughey, qu'on n'attendait pas à pareille fête, sort d'ailleurs largement grandi de ce rôle. A quand la suite ?

Verdict :

jeudi 2 juin 2011

Le Gamin au Vélo


Placé dans un foyer pour enfants, Cyril est obsédé par l'idée de retrouver son père parti sans laisser de traces. Samantha, une coiffeuse rencontrée par hasard, va se prendre d'affection pour lui et accepter de l'accueillir chez elle.

Si ce Gamin au Vélo n'aura pas permis aux frères Dardenne de rafler leur troisième Palme d'or, il n'aura pas laissé insensible le jury cannois qui lui a accordé le Grand prix. Une récompense qui peut laisser perplexe...

Quand on va voir un film des frères Dardenne, on sait grosso modo à quoi s'attendre : du cinéma social, réaliste et à la mise en scène épurée. Ce Gamin au Vélo, de ce point de vue, semble en parfaite cohérence avec la filmographie des réalisateurs belges. A ceci près qu'il est truffé d'invraisemblances, à commencer par celle sur laquelle tout le film repose : mais pourquoi le personnage de Cécile de France s'attache-t-elle à ce gamin tête à claques à qui elle ne doit rien, allant jusqu'à mettre de côté sa vie sentimentale ? Que l'Homme soit capable d'actes d'amour désintéressés, pourquoi pas... mais dans ce cas précis, on n'y croit pas une seconde

On aurait, à la rigueur, pu accepter ce postulat s'il se dégageait une quelconque émotion de ce film. Mais à trop jouer la carte du minimalisme, les frères Dardenne finissent par ne susciter que de l'indifférence. Il y a pourtant dans ce sujet un beau territoire d'expression pour la beauté du non-dit, qui affleure parfois au détour de trop rares scènes. Mais ces promesses s'envolent bien vite par la faute de dialogues d'une grande pauvreté. Reste pour sortir de son ennui la découverte du jeune Thomas Doret, qui, du haut de ses quatorze ans, délivre une composition saisissante.

Verdict :

mercredi 18 mai 2011

The Tree of Life


Dans l'Amérique des années 50, l'équilibre d'une famille est remise en question par la mort d'un enfant. De la mère aimante au père autoritaire, chacun va devoir affronter son propre deuil.

Qu'il est difficile de décrire en quelques mots l'expérience que constitue Tree of Life... Œuvre d'une ambition démesurée tant par son exigence formelle que par la portée métaphysique de son propos, ce nouveau film de Terence Malick ne peut en tout cas laisser indifférent et ne manquera pas de diviser.

S'il est bien un point sur lequel Tree of Life ne peut souffrir aucun reproche, c'est bien sur ses qualités plastiques. Que les choses soient claires : nous tenons peut-être là le plus beau film que le cinéma nous ait jamais donné. Et les mots sont pesés. Chaque cadrage touche à la perfection, chaque plan irradie d'une lumière à la beauté irréelle. La caméra de Malick est littéralement touchée par la grâce, et cette exaltation absolue ne la quittera jamais pendant les deux heures et demie de cette miraculeuse expérience sensorielle.

Une perfection formelle d'autant plus vertigineuse que la narration est volontairement déstructurée, kaléidoscopique. Très économe en dialogues, Tree of Life utilise un langage cinématographique d'un genre nouveau, n'hésitant pas, en s'attardant sur le Big Bang et les débuts de la vie sur Terre (!), à créer de gigantesques mises en perspective. Une parenthèse qui constitue peut-être le moment le plus étourdissant du film, tant le réalisateur y fait une démonstration de virtuosité, donnant un souffle nouveau à une histoire que l'on pensait pourtant connaître par cœur.

Irréprochable sur la forme, Tree of Life peut toutefois rebuter sur le fond. Car tout le film est bâti autour de considérations métaphysico-religieuses auxquelles on ne peut prêter - et c'est là un doux euphémisme - qu'un intérêt relatif. Ce serait tout à fait supportable si Terence Malick n'adoptait pas une posture aussi radicale. Mais plus on avance dans Tree of Life, et plus on sent le film s'enfermer dans un mysticisme insistant, illustré par un symbolisme abscons qui n'arrange en rien le caractère un rien autiste de cette œuvre. L'ennui finit alors par pointer le bout de son nez et la dernière partie, entièrement faite de messages pour le moins lourds et redondants, paraît totalement interminable...

Verdict :
parce que Tree of Life est une inoubliable expérience sensorielle

parce que Tree of Life est aussi un traité mystique indigeste et ennuyeux

dimanche 15 mai 2011

Minuit à Paris


Un couple américain qui doit bientôt célébrer son mariage vient passer quelques jours à Paris. Un séjour qui va réserver son lot de surprises et entraîner une grande remise en question de notre fiancé...

Voilà un film qui aura su faire parler de lui. Car bien avant de faire l'ouverture du festival de Cannes, Minuit à Paris suscitait la curiosité des cinéphiles par la présence à l'affiche de Carla Bruni-Sarkozy. La véritable star du film n'est toutefois pas la première dame de France - elle ne bénéficie d'ailleurs que de quelques lignes de dialogue - mais bel et bien Paris, dont Woody Allen semble éperdument amoureux.

Une déclaration lancée dès le générique de début, où le réalisateur nous propose une collection de jolies cartes postales sur fond de musique jazz. Une vision idéalisée de la ville-lumière qui ne sera jamais reniée. Ses monuments, son histoire, sa vie culturelle : Paris est magique, et ce n'est pas pour nous déplaire. Le tableau est, bien sûr, trop idyllique pour être vraiment fidèle à la réalité. Mais il n'est jamais que le reflet de l'idée que se fait le héros de la capitale, berceau de la Vie de Bohème et inépuisable source d'inspiration. Est-ce un hasard si l'affiche représente Owen Wilson déambulant dans un Paris impressionniste ?

Il serait cependant inexact de réduire Minuit à Paris à une succession de vignettes touristiques, aussi agréables soient-elles. En montrant l'éternelle insatisfaction de l'Homme vis-à-vis de son époque, Woody Allen nous offre surtout une fable habile sur la nostalgie du passé. Le tout est lumineux, d'une grande légèreté et ne se départit jamais d'un humour rafraîchissant, égratignant au passage le conformisme d'une certaine bourgeoisie.

Il est bien délicat d'en dire plus sans gâcher en partie le plaisir que procure la découverte de ce film dont le scénario a le mérite de surprendre... mais qui pourra aussi agacer par son incorrigible posture bobo et sa tendance pathologique au name dropping culturel.

Verdict :

samedi 14 mai 2011

Source Code


Dans la série "les films que je vais voir bien après leur sortie"...

Encore un film où un gentil américain doit déjouer les plans d'un méchant terroriste qui projette de faire sauter Chicago à grands coups de bombe nucléaire (rien que ça). Sauf qu'ici, le moyen utilisé pour mener l'enquête est assez original : il consiste à envoyer un soldat dans les 8 dernières minutes de la mémoire d'une victime d'un précédent attentat pour essayer de retrouver l'identité du coupable.

Le résultat est un film plutôt ludique et malin, à cheval entre Inception et Un Jour sans Fin. Évidemment, c'est complètement invraisemblable, manichéen et pour ainsi dire pas d'une très grande subtilité. Mais il faut bien reconnaître que Source Code est un film terriblement efficace, qui remplit parfaitement son office de pop-corn movie du samedi soir.

Ce n'est déjà pas si mal, mais on ne peut s'empêcher de penser au grand film qu'il aurait pu être s'il avait creusé les thématiques morales qu'il se contente d'effleurer...

Verdict :